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Le
rapport d'audit sur les grands projets d'infrastructures de
transport paru le 4 mars dernier a montré, s'il en était encore
besoin, combien la culture routière est prépondérante en France.
Comme par le passé et malgré les discours vantant les mérites des
modes de transports alternatifs à la route, on constate en effet
que plus des trois quarts des investissements retenus par la
mission, et qui devraient donc déterminer la politique des transports
de la France pour les vingt prochaines années, concernent la route.
La
voie d'eau, quant à elle, apparaît comme le grand perdant de cet
audit, puisque les
deux seuls projets d'investissements
présentés - la liaison à grand gabarit Seine Nord et l'écluse
fluviale du Port du Havre - ont été rejetés. Or les raisons de
cette éviction apparaissent largement contestables. Il est ainsi
principalement reproché au projet Seine Nord son coût «très élevé
» et sa faible rentabilité.
Or,
si le coût de cette grande liaison fluviale (2,6 Md€) peut paraître
élevé en absolu, il faut toutefois préciser que ce projet représente
en réalité moins de 2,5% du montant global des projets
d'infrastructures soumis à cet audit, le coût total des deux
projets fluviaux présentés (2,7 Md€) représentant quant à lui
moins de 3% du coût global des projets présentés. De plus, il est
regrettable que n'aient pas été davantage pris en compte
les coûts externes et les aspects écologique et de développement
durable des différents investissements proposés; en effet, à
1 'horizon de 2020, il est plus que probable qu'en termes d'atteinte
à la santé publique, de pollution de l'air, de bruit ou de dérèglement
climatique, le coût de la construction de nouvelles infrastructures
routières, notamment celles dédoublant des axes
existants, sera bien plus
élevé que celui des infrastructures fluviales.
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Pour
ce qui concerne la rentabilité de Seine Nord, il est troublant de
constater que figure, parmi les investissements retenus comme
prioritaires par la mission, le projet de doublement de l'autoroute
Al reliant Paris au Nord de la France. Or est-il besoin de
rappeler qu'un seul convoi fluvial de 4 000 tonnes représenterait
l'équivalent d'environ 160 camions de moins sur les routes? Si
le projet de doublement de 1.'autoroute Al est jugé rentable, tout
laisse donc à penser que la liaison fluviale Seine Nord le serait
également.
Les atouts du transport
fluvial, à la fois en termes de sécurité, d'économie, de
protection de l'environnement et d'utilisation rationnelle de l'énergie,
ne sont plus à démontrer et il suffit pour s'en assurer d'observer
la place qu'occupe ce mode de transport chez nos voisins d'Europe
du Nord. Pourtant, en France, malgré une
croissance de plus de 20% au cours des cinq dernières années, le
transport fluvial ne semble pas parvenir à occuper la place qui
devrait être la sienne et les conclusions de ce rapport d'audit,
si elles devenaient effectives, porteraient un coup fatal à une
profession qui a déjà été durement touchée par le passé.
Il
reste que la partie n'est pas encore perdue: après les vives
critiques qu'a suscité ce rapport d'audit, tant chez de nombreux élus
que dans les milieux du transport, il faut à présent souhaiter
que le rapport de la DATAR et le débat parlementaire qui
s'ensuivront sauront rendre l'espoir à la voie d'eau en dotant la
France d'une politique des transports qui s'inscrive dans une véritable
logique de développement durable.
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