| Au
fil de la Seine , La
législation des fleuves date de l'époque napoléonienne et est
inadaptée à l'évolution du trafic actuel de la Seine. La gestion
du fleuve en est rendue complexe et délicate.
Quelle organisation nouvelle faudrait-il envisager pour garantir de
façon décentralisée l'accès du fleuve à tous les citoyens,
usagers ou riverains, tout en assurant la protection de
l'écosystème et en maîtrisant la pollution et le trafic
commercial ?
Corinne Lepage : Tous
les usagers, quels qu'ils soient, se plaignent à juste titre des
incohérences, des contradictions et des lacunes de notre
législation en ce qui concerne les fleuves et les rivières, une
législation qui date parfois, en effet, de deux siècles et qui,
souvent, ne tient pas compte ni de l'évolution considérable des
moyens de transport, ni des problèmes écologiques essentiels qui
sont apparus, ni de l'exigence de la décentralisation qui s'impose
aujourd'hui.
Le projet de loi sur l'eau pour lequel j'ai émis certaines
réserves sur d'autres plans, a au moins l'avantage d'aborder cette
gestion de la patrimonalité des fleuves. Il est évident qu'il faut
rapprocher les usagers de la gestion des fleuves. Le moins qu'on
puisse dire, et qu'il faut reconnaître, que ceux qui se servent du
fleuve - des bateliers aux riverains - ont leur mot à dire et qu'il
est indispensable de les associer à la gestion. La
décentralisation doit, ici plus qu'ailleurs, avoir un sens.
Pour ce qui est de la Seine, il faut arriver à un équilibre entre
une gestion nationale et une gestion locale.
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La Seine est un "fleuve national", il
faut donc garder une vision d'ensemble du fleuve mais la Seine est
aussi le fleuve de tous ses riverains, il faut donc décentraliser
en même temps sa gestion.
Au fil de la Seine :
Un de vos ouvrages s'intitulait "Bien gérer l'environnement
une chance pour l'entreprise". De nombreuses entreprises sont
riveraines de la Seine. Comment voyez-vous la chance qu'elles
pourraient saisir pour mieux gérer le fleuve ?
Corinne Lepage : On a, hélas, complètement
oublié en France que le fleuve était un moyen de transport
privilégié. Il faut absolument que nous rattrapions le retard que
nous avons pris sur tous nos
voisins alors pourtant que nous avons la chance d'avoir un réseau
fluvial qu'on nous envie.
On parle de la concurrence entre la voie ferrée et la route et on
oublie totalement la voie fluviale. J'ai lu dans votre journal les
déclarations pleines de bon sens de l'actuel ministre des
Transports qui souhaite que le transport fluvial double d'ici dix
ans. Il a tout à fait raison de le souhaiter.
Malheureusement, je suis obligée de constater qu'au delà de ses
bonnes paroles, il n'a strictement rien fait.
Les entreprises commencent, elles, à se rendre compte de
l'importance des fleuves. Pour le transport, bien sûr, mais
au-delà aussi. Les entreprises industrielles qui se trouvent
riveraines d'un même fleuve ont compris qu'elles pouvaient créer
entre elles et grâce au fleuve, un véritable partenariat,
notamment dans le domaine de ce qu'on appelle l'écologie
industrielle.
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Les rejets des uns peuvent devenir la matière
première des autres. Deux entreprises riveraines deviennent grâce
au fleuve, complémentaires.
Au fil de la Seine : L'annulation
du projet de liaison Rhin-Rhône peut modifier le développement du
trafic fluvial commercial sur la Seine par la liaison Seine Nord
avec des conséquences sur l'équilibre écologique et la dangerosité
de la navigation. Qu'en pensez-vous ?
Corinne
Lepage : J'étais
hostile au projet Rhin-Rhône tout simplement
parce qu'il était techniquement
irréalisable. C'était un projet qui avait été conçu en 1970 et
qu'on voulait réaliser trente ans plus
tard. sans voir que tout avait qu
changé : le tirant d'eau des bateaux, le problème des crues, etc.
je suis, au contraire, tout à fait favorable au projet Seine-Nord.
Seulement, il faudrait en discuter sérieusement et avec tous les
usagers. Que va-t-on faire passer par le canal ? En vrac ou
pas ? Quel transfert route fleuve ? Ce sont là des questions
importantes que personne ne soulève. Je remarque d'ailleurs que
pour Rhin-Danube, le débat n'est pas encore terminé et que chacun
se pose encore ces mêmes questions. Cela dit, là encore, je
m'étonne, je m'indigne même, que personne en France ne veuille se
préoccuper du sort de notre batellerie qui affronte depuis des
années des problèmes de survie considérables.
On nous parle de
la législation des fleuves, de grands projets pour les fleuves, de
la décentralisation, mais personne ne nous parle de la batellerie.
C'est irréaliste.
Parler de l'utilisation des fleuves sans parler de la batellerie,
C'est surréaliste.
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