Respectueux, silencieux
et dignes, les grands du transport et de l'économie manifestaient le
mardi 4 mai, barrant la Seine entre le Ministère des Finances et
l'ex-bureau d'affrètement d'Austerlitz, siège de Voies Navigables de
France. Ils manifestaient aussi à Conflans-Sainte-Honorine, la capitale de la batellerie,
depuis une dizaine de jours dans le nord de la France
et depuis lundi sur la Seine, l'Oise et dans l'Est.
Pour la plupart d'entre eux sous le poids de grosses dettes, contractées en
vue d'améliorer leur outil de travail, ils montraient leur ras le bol,
demandant une prise en compte de l'augmentation du prix du gaz oïl,
dénonçant les trop nombreuses immobilisations dues an non-entretien des
écluses, aux grèves à répétition ( par exemple, les écluses de
Varennes
,
Bois-Le-Roi
, Vives-Eaux à
Dammarie
et
Champagne fermées récemment pendant une huitaine
de jours, à Évry, une des écluses fermées depuis près de 6 mois
et l'état de l'autre causant une avarie à un bateau,
entraînant deux jours de
fermeture), et les problèmes administratifs écrasants. V.N.F., gestionnaire
des voies d'eau, se montre en effet prompt à exiger taxes et
redevances exorbitantes, mais laxiste pour régler ces problèmes pourtant
dénoncés depuis des années.
Il faut aussi savoir qu'en Hollande, les transporteurs fluviaux sont
aidés, ce qui leur permet de développer des entreprises qui deviennent
ensuite de redoutables concurrents sur les voies navigables
françaises !
Les mariniers, qui ne sont pas les seuls professionnels dans ce cas,
revendiquent tout simplement de ... vivre décemment de leur travail.
Enfin, n'est-il pas curieux d'écrire tout cela en 2010, alors que la
loi Grenelle 2 prévoit de favoriser le transport fluvial afin de
préserver l'environnement ?
Rappelons ce que disait
Monsieur BRUNHES, député, lors de la première session ordinaire 91/92
du Parlement, (49ème séance), le 4 novembre 1991 :
" Monsieur
le Ministre, chacun connaît les mérites et l'importance des voies d'eau,
du point de vue du plan économique ou de celui de l'environnement. Nos
voisins. notamment l' Allemagne et l'Europe du Nord, ont des réseaux très
développés. Songez. par exemple, qu'en Allemagne, un
cinquième du trafic
marchandises est effectué par voie d'eau. Ce taux est de 50 p. 100 aux
Pays-Bas contre un trentième seulement en France!
L'année dernière, Monsieur le
Ministre,
je vous avais demandé si la réforme des voies navigables serait
suffisante pour nous permettre de rattraper le retard considérable que
nous avons pris et que nous prenons encore dans ce secteur
d'avenir. Or j'ai le sentiment qu'avec ce budget non seulement nous ne
pourrons pas nous mettre à niveau. mais nous aggraverons notre retard. En
effet. les ressources nouvelles définies par la
Réforme de l'an passé ne devaient pas se traduire par une réduction de
l'effort budgétaire de l'État. Or cela n' est le cas
ni pour l'investissement, qui est insuffisant, ni pour l'entretien,
qui laisse à désirer.
Dans l'état actuel des financements, il faudrait quarante à cinquante
ans pour achever la liaison Rhin-Rhône. Sans liaison à grand gabarit
Seine-Nord - on pourrait dire Seine-Est, mais je rappelle que 70% du
trafic par voie d'eau passe par la Seine et le réseau Nord - la
régioncapitale risque d'être mise à l'écart de l'Europe des fleuves et
des canaux. Ce problème concerne non seulement l'IIe-deFrance, mais
aussi toute la façade maritime tournée vers la Manche, notamment Rouen et
Le Havre."
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