L'Alsace

Peu glorieuse, la 22e place de la France au classement mondial de Transparency International. Elle a pourtant fait des efforts, adoptant pas moins de six lois en ce sens depuis l’affaire Cahuzac.

Le président de Transparency France, Daniel Lebègue, le reconnaît : ce n’est pas un hasard si l’organisation publie son rapport à la date anniversaire du déclenchement de l’affaire Cahuzac. « Elle a servi d’accélérateur » à la prise de mesures anti-corruption, estime-t-il. N’empêche, la France conserve son (médiocre) classement de 22e au palmarès mondial de la transparence, et 10e en Europe.

L’accélérateur Cahuzac

Depuis l’affaire, six lois ont été votées ou sont en passe de l’être. Transparency pointe ainsi la meilleure prévention des conflits d’intérêt grâce à la loi sur la transparence de la vie publique : elle oblige ministres et élus à publier leurs revenus et patrimoines, sous le contrôle d’une Haute autorité pour la transparence, dont la présidence devrait être confiée au magistrat Jean-Louis Nadal. Parmi les autres avancées : l’encadrement du lobbying à l’Assemblée (qui attend d’être appliqué au Sénat), la publication des usages de la réserve parlementaire, le durcissement des sanctions contre les entreprises coupables de corruption…

Tout n’est cependant pas parfait. Transparency regrette, par exemple, qu’un parlementaire puisse rester avocat d’affaires et soit amené à « conseiller des acteurs privés sur la manière d’appliquer la loi qu’il vient de voter » ! Autre regret, le retard dans la réforme du parquet, sous tutelle de fait du ministère de la Justice.

Une nouvelle affaire possible ?

Tout dépendra des moyens dont seront dotés la Haute autorité et le nouveau « procureur financier », répond Transparency. Plus critique, le président de l’association Anticor, Jean-Pierre Guis, regrette le maintien du « verrou de Bercy », qui laisse le ministère des Finances seul à décider de l’ouverture d’une enquête.

Objectif, municipales

L’association va soutenir les candidats qui donnent l’exemple de la transparence aux municipales. Elle leur demande en particulier de mettre en ligne leur déclaration de patrimoine, sans attendre d’être élu. Et de s’engager, pour les cumulards, à démissionner de l’Assemblée ou du Sénat en cas d’élection à la mairie.

Au-delà, dans l’exercice de leur futur mandat, elle réclame que les décisions sur l’urbanisme soient collégiales, et que les procédures d’attribution de subventions et de marchés publics soient transparentes.

La Suisse « transparente » !

Le classement réserve une surprise : loin devant la France au palmarès de la transparence, arrive la Suisse, au 7erang. Une Suisse pourtant à nouveau épinglée par le récent Forum de Djakarta sur la transparence, une Suisse dont les banques ont joué un rôle essentiel dans l’affaire Cahuzac… Un peu gêné, Daniel Lebègue répond que son classement prend en compte la perception de la corruption des acteurs publics – comme si les pouvoirs politiques suisses ignoraient la malhonnêteté organisée de leurs banques.

Notons aussi que le Luxembourg, pareillement pointé à Djakarta, est également devant la France, au 11e rang. Affaire de perception, encore…

le 04/12/2013 à 05:00Francis Brochet

  pauvre France