Paris – Maison de la chimie
1ères rencontres parlementaires pour
la prévention et la gestion des inondations
Colloque présidé par
Alain GEST
Député et Président du conseil général de la Somme
et
Max ROUSTAN
Député du Gard
Président du groupe d’études sur les Inondations
Sous le haut patronage et en présence de
Roselyne BACHELOT-NARQUIN
Ministre de l’Ecologie et du Développement durable
Jean-Paul DELEVOYE
Ministre de la Fonction publique, de la Réforme de l’Etat
et de l’Aménagement du Territoire
Gilles de ROBIEN
Ministre de l’Equipement, des Transports, du Logement, du
Tourisme et de la Mer
Sous le haut patronage de
Jean-Louis DEBRE
Président de l’Assemblée nationale
26
NOVEMBRE 2003
Ouverture
du colloque
Jean-Paul
DELEVOYE
Ministre
de la Fonction publique, de la Réforme de l’Etat
et de l’Aménagement du Territoire
Le principe de ce colloque me semble
important et le découpage qui doit présider à vos travaux
aujourd’hui me paraît particulièrement intéressant. Trois
axes doivent en effet présider, à mes yeux, à la prise en
compte du risque « inondations » et à leur prise en
compte une fois qu’elles sont survenues : la prévention,
les réparations et, en lien avec la politique de prévention, la
mise en œuvre d’assurances. Les échanges de ces Rencontres
devraient s’articuler autour de ces trois têtes de chapitre. Il
conviendra cependant de prendre garde, dans l’ensemble de ce débat,
à ne pas susciter ou favoriser une « fracture sociologique »
qui pourrait se creuser à partir de rapports et d’analyses
strictement scientifiques. Des problèmes de nature politique vont
également se poser autour de l’articulation des notions de
propriété privée et d’intérêt général. Plus largement,
dans le champ politique, la problématique des inondations pose la
question de la concurrence entre le court terme et le long terme
qui peut parfois exister.
Au-delà de la définition des zones à
risque, la politique d’aménagement du territoire devra sans
doute se doter d’outils de régulation foncière permettant de
faire coïncider la légitime propriété privée et l’intérêt
général, qui devra toujours conserver la prééminence, même si
cette articulation pourra s’avérer délicate. Il ne servirait
à rien de disposer d’une bonne lecture des risques si nous ne
nous dotions pas des outils pertinents pour y répondre. Les
nouveaux schémas intercommunaux doivent nous permettre de réfléchir
à ces outils de régulation foncière, ainsi qu’à des
dispositifs de mutualisation foncière qui pourraient en
constituer le complément. La notion de prévention doit engager
la responsabilité des politiques et la primauté de l’intérêt
général sur la propriété privée, y compris lorsque des
pratiques culturales sont en cause. On ne peut en tout cas refuser
toute affectation de terre au nom de l’intérêt général, au
nom d’intérêts économiques.
Dans le domaine
des contrats d’assurance, nous devons sans doute réfléchir à
la surabondance d’informations qui existe dans notre société
et à la connaissance très variable, par les contractants, de
leurs droits. La labellisation de contrats d’assurance pourrait
même, de mon point de vue, être envisagée dans les zones à
risque, tant les vices qui ont pu exister dans les contrats
d’assurance ont pu entraîner de cruelles désillusions. Cela
n’exclut pas, cependant, la prise en compte d’un volet spécifique
consacré aux réparations, et je souhaiterais à cet égard bénéficier
de vos réflexions sur deux sujets en particulier :
·
la réforme nécessaire des services de l’Etat,
d’une part, avec peut-être la nécessité de pouvoir désigner
une autorité « chef de file » au plan local, pour
plus de réactivité ;
·
la mobilisation, au niveau pertinent, des fonds
européens.
Nous avons dans notre pays commis un certain
nombre de « crimes contre la nature » et le débat de
ce jour me paraît salutaire, car l’intelligence de l’homme
n’est pas de transformer la nature mais de s’y adapter. Un élément
difficile se fera sans doute jour, toutefois, dans vos échanges :
les zones urbaines, qui peuvent présenter des incompatibilités
avec les risques en présence et qui pourraient de ce fait nécessiter
la prise en compte d’un horizon long (vingt ou trente ans) afin
de permettre à ces zones de redevenir des zones naturelles. En
effet, il ne peut être de mise en cause plus grave du politique
que de relever son absence d’action alors même que certains
risques étaient connus. L’intérêt général prime et doit
mobiliser tous nos efforts.
Alain
GEST
Député
de la Somme
Président du Conseil général de la Somme
Après les évènements intervenus dans
plusieurs départements français au cours des dernières années,
qui ont connu des inondations d’une ampleur et d’une intensité
(dans le Gard) ou d’une durée (dans la Somme) exceptionnelles,
la tentation bien française que nous connaissons est de chercher
un responsable. Dans la Somme, le risque d’inondations, qui était
intervenu il y a cent cinquante ans, avait été oublié. La
communauté locale a alors ressenti un sentiment de trahison,
ainsi que la conviction que seules des erreurs humaines pouvaient
être à l’origine de la catastrophe. L’Etat et le Conseil général
ont également fait l’objet d’une perception négative de la
population, là où la mobilisation de ces niveaux
d’intervention a été jugée comme très rapide par la mission
d’expertise.
Jean-Paul Delevoye appelle de ses vœux une
modernisation du fonctionnement de l’Etat et cela me paraît en
effet indispensable. Modernisation rime en effet avec
simplification et il n’est pas imaginable que l’administration
de l’Etat soit représentée au plan local par cinq à six
services différents (DDE, DDA, Agence de l’eau, DDASS…). De même,
qui peut se satisfaire d’une législation datant du XIXème siècle
pour la gestion des rives de rivières par les propriétaires ?
La prochaine loi sur l’eau ne pourra faire l’économie de
l’aménagement de cette loi. Plus largement, la transparence des
actions et de la gestion technique des ouvrages me paraît également
incontournable, au point même que l’absence de transparence génère
aujourd’hui très rapidement la suspicion.
Il importe aujourd’hui d’entretenir la mémoire
collective des catastrophes précédentes, car nous savons tous
que le « risque zéro » n’existait pas. La
conscience d’un risque avait disparu. C’est pourquoi il faut
aujourd’hui développer une culture du risque. C’est notamment
dans cet objectif qu’il est demandé aux maires des communes
d’assurer tous les deux ans une information des habitants. Il
conviendra aussi de préciser le dispositif d’indemnisation des
biens détruits ou perdus à la suite des catastrophes naturelles.
Ces axes doivent bien sûr être complétés
ou précédés par une politique de prévention volontariste. Ce
sera l’objet de notre première table ronde. Cette politique de
prévention sera d’autant mieux acceptée qu’elle ne sera pas
considérée comme purement technocratique, mais réellement
partagée par tous les acteurs du bassin versant – pour peu
qu’elle repose sur des éléments scientifiques parfaitement établis
et validés. Sans doute sera-t-il aussi nécessaire d’associer
les habitants et les élus aux travaux à mettre en œuvre dans
une logique de prévention. Il sera en tout cas essentiel de mieux
partager l’information, par exemple quant aux circonstances de
la formation de certains phénomènes naturels ou pour expliciter
clairement la répartition des responsabilités. Dans la Somme,
nous avons imaginé un système visant une grande réactivité,
par un centre d’appel téléphonique dédié, mis en place
durant toute la durée de la crise, en mobilisant pour cela le
personnel du Conseil général. Une telle expérience nous a
permis de nous rendre compte de l’extrême difficulté
d’obtenir des informations fiables et utiles pour les élus.
La création récente du syndicat mixte
d’aménagement du bassin versant de la Somme devrait aussi
permettre de mener une réflexion sur la forme et sur les modalités
de l’information à diffuser. Elle permettra également
d’assurer la cohérence et la complémentarité des dispositifs
mis en place par un certain nombre de collectivités locales, en
renforçant, par ce biais, les systèmes d’alerte. Enfin, il
nous est apparu essentiel d’évoquer l’indemnisation des
sinistrés, qui fera l’objet de la deuxième table ronde. Accélérer
l’indemnisation paraît essentiel, tant est forte la situation
de désespérance et de dénuement des sinistrés face aux retards
qui peuvent survenir, quelles que soient les raisons avancées
pour les justifier. Le nouveau dispositif prévu par la loi de
juillet 2003, prévoyant un complément au moyen du fonds Barnier,
sera peut-être une piste de résolution des problèmes particulièrement
douloureux que nous avons connus dans la Somme. Il nous faut également
réfléchir à la juste indemnisation des propriétaires de
terrains qui pourraient devenir des zones d’extension de crues.
Exposé introductif
Approche
scientifique de la gestion des crues
Claudine
SCHMIDT-LAINE
Directrice scientifique du Cemagref
I.
La prévision : une question d’échelles
Lorsque l’on traite de phénomènes
climatiques, les différentes échelles ne peuvent être traitées
indépendamment. L’observation montre qu’à chaque niveau
d’observation, les systèmes en cause sont complexes. Il en résulte
une difficulté supplémentaire quant aux transitions à assurer
d’une échelle à une autre. Pour les crues et inondations, dont
le traitement ne peut être mis en œuvre qu’à l’échelle
locale, les « descentes d’information » et les
interactions en cause doivent ainsi impérativement être prises
en compte. C’est le bassin versant qui constitue la dimension
pertinente pour l’analyse de problèmes hydrologiques et
d’inondations.
De façon schématique, on peut considérer
que les échelles à prendre en compte sont telles des boîtes
gigognes qui sont contenues l’une dans l’autre, et à partir
desquelles on peut raisonner en agrégation (en remontant vers le
niveau le plus global) ou en désagrégation (en descendant vers
le niveau local) :
·
le climat global, traité avec des « mailles »
de 100 kilomètres et des horizons de temps de dix à
cinquante ans ;
·
la météorologie, résultant en partie du climat
global, traitée avec une maille d’environ 10 kilomètres
et un horizon de temps de l’ordre de l’heure ;
·
l’hydrologie, à l’échelle du bassin versant ;
·
les inondations, au niveau local, pour lesquelles la
maille souhaitable serait de l’ordre du kilomètre et subissant
fortement l’influence des sociétés humaines, avec des
interactions très différentes des interactions de type physique
qui prédominent au niveau global.
Il est à noter que les principes
d’interaction entre les processus ne passent pas les niveaux
ainsi décrits. Le niveau supérieur transmet des données au
niveau inférieur (désagrégation) et la remontée
d’informations est plus délicate (agrégation), bien que plus
naturelle. Du point de vue méthodologique, une simulation réalisée
à partir du modèle Aladin pour les 12 et 13 novembre 1999,
à partir des données réelles de la veille, conduisait à la prévision
d’un niveau de précipitations de 246 mm pour le Sud de la
France, zone incluant le Gard. Un phénomène de pluies
diluviennes a donc bien été prévu, mais loin de l’ampleur qui
l’a caractérisé, puisque le phénomène enregistré pendant 24 heures
entre le 12 et le 13 novembre 1999 a été deux
fois plus important, avec 551 mm de précipitations.
II.
Le changement climatique
Le climat est de nature instationnaire (par
opposition à un système périodique suivant strictement le
changement des saisons), et peut évoluer selon une échelle de
temps de l’ordre de trente ans. Il en résulte que l’on ne
sait prédire ; seuls peuvent être établis des scénarios
de changement climatique, à partir des données existantes, sur
des périodes longues, selon des hypothèses d’augmentation des
gaz à effet de serre. Tous les résultats de tels scénarios
conduisent aujourd’hui à juger assez probable, à long terme,
une augmentation de la température moyenne et de la probabilité
de fréquence de vagues de chaleur.
Face à ces scénarios, les inondations
constituent un phénomène extrême, d’impact limité sur les
moyennes. Les observations réalisées sur une période de
cinquante ans ne montrent d’ailleurs aucune tendance
significative à l’augmentation ou à la diminution des épisodes
de pluies diluviennes : il existe une certaine régularité
du phénomène. Les tentatives de simulation qui existent à ce
jour, malgré la difficulté de l’exercice, identifient plutôt
la possibilité de scénarios d’augmentation plus forte des extrêmes,
les valeurs moyennes n’étant pas appelées à évoluer de la même
façon.
Le changement climatique est donc difficile
à percevoir et doit donner lieu à un travail interdisciplinaire.
Les climatologues doivent en particulier se rapprocher des
historiens, ce qui est de plus en plus fréquemment le cas
aujourd'hui. Le travail des historiens permet ainsi d’observer
les phénomènes qui ont eu lieu sur plusieurs centaines années,
par l’étude de documents pertinents, tandis que l’étude des
sédiments identifiables aujourd’hui permet de reconstituer
l’histoire des évènements extrêmes connus par le milieu étudié,
dans une logique de « paléo-hydrologie ». Si l’intérêt
d’une telle démarche est certain, la difficulté de
l’exercice est tout autant avérée, notamment en raison de la
dissémination des informations nécessaires à de telles
reconstitutions.
III.
Aléa et vulnérabilité : prévention et gestion
On parle actuellement d’une recrudescence
de catastrophes naturelles. Cela ne signifie pas nécessairement
que l’aléa augmente : c’est surtout la vulnérabilité
aux inondations qui tend à s’accroître, tandis que comme nous
l’avons vu ci-dessus, le phénomène lui-même est assez stable.
Ainsi, la crue de la Seine à Paris en 1910, dont les
dommages causés à l’époque ont été évalués à 1,4 milliard
d’euros en monnaie actuelle, causerait aujourd’hui des
dommages évalués à 8 milliards d’euros, ce qui témoigne
de la plus grande gravité qui peut exister, suivant l’époque,
pour un même phénomène.
D’une façon générale, le problème
scientifique lié à l’aléa « inondation » consiste
en deux difficultés :
·
appréhender les différentes composantes d’une
crue (dont la variabilité temporelle et spatiale est grande) ;
·
estimer le niveau des crues extrêmes (en raison
notamment de la rareté des observations et du comportement différencié
des différents régimes de crues) ;
Il apparaît en tout cas nécessaire de
consolider l’analyse locale en l’élargissant à l’échelle
spatiale pertinente (le bassin versant) et selon un cadre
chronologique étendu, par une approche historique, en incluant
dans l’analyse les processus d’écoulement. La vulnérabilité,
elle, peut donner lieu à une quantification conduisant à estimer
le « risque maximum acceptable », en fonction de
plusieurs critères : fréquence, durée, hauteur de
submersion…
IV.
Prévention, gestion et aménagement
L’analyse probabiliste présente un intérêt
pour la prévention du risque d’inondation, selon trois axes et
plusieurs types de contribution :
·
la culture du risque (mise au point d’une échelle
de gravité) ;
·
des actions en temps réel (conception de messages
d’alerte efficaces) ;
·
des actions en temps différé (zonage du risque
d’après différents niveaux de risque).
Sur le plan de l’aménagement, il s’agira
d’abord d’identifier les effets induits par les aménagements
de l’espace sur le régime des eaux. Il faut également évaluer
quantitativement et analytiquement les conséquences de ces aménagements.
De façon plus générale, il convient d’éclairer le
fonctionnement du système complexe naturel et social, en
mobilisant pour cela des données dépassant de loin
l’hydrologie, afin de produire in
fine des méthodes rigoureuses pour les aménageurs.
Si les scientifiques ont des divergences
quant à la méthode à privilégier, deux notions clés guident
les travaux d’étude hydrologique en lien avec l’aménagement :
la fonction de production (pluie nette) d’une part et la
fonction de transfert (débit) d’autre part. Si la recherche est
globalement plutôt démunie pour faire le lien entre hydrologie
et aménagement, le recueil de données et l’expérimentation
ressortent comme des fonctions clés.
Des
recommandations peuvent aussi être proposées, de façon générale,
pour l’aménagement :
·
limiter les aménagements sur la rivière aux
secteurs les plus exposés ;
·
favoriser les débordements sur le bassin versant ;
·
rappeler que les aménagements ne réduisent pas le
risque à zéro ;
·
raisonner à l’échelle du bassin versant ;
·
ne pas oublier les autres fonctions de la rivière.
V.
Conclusions : les marges de progrès
Environ 5 000 scientifiques en
Europe travaillent sur le phénomène des inondations, et cette
abondance de moyens humains à conduit à réfléchir à la
constitution de réseaux d’excellence en Europe. Les principaux
axes de travail actuels ont trait à l’amélioration des modèles
physiques et de tous les aspects liés aux NTIC. Le sous-échantillonnage
constitue cependant une difficulté réelle. On peut enfin se réjouir
d’une meilleure prise en compte « académique » du
phénomène, qui est de plus en plus appréhendé selon une
approche interdisciplinaire. Cela devrait favoriser le
rapprochement de la science et des fonctions de décision,
notamment au travers du débat public tel que celui qui nous réunit
aujourd’hui.
Table ronde n° 1
La prévention par l’aménagement du
territoire et de l’environnement, la sécurisation des
populations et des biens
Président
Eric DOLIGE, Sénateur du Loiret, Président de l’Association
Française des Etablissements Publics Territoriaux de Bassin, Président
de l’Etablissement Public Loire
Intervenants
Claude BARRAL, Vice-président du Syndicat Mixte Interdépartemental
d’Aménagement du bassin du Vidourle et de ses affluents
Pascal BERTEAUD, Directeur de l’Eau au Ministère de l’Ecologie
et du Développement durable
François BORDRY, Président de Voies Navigables de France (VNF)
Joël HART, Député de la Somme, Maire d’Abbeville
Claude NAHON, Directrice de l’Environnement et du Développement
durable d’EDF
Michel VAMPOUILLE, Vice-président du Conseil régional d’Ile-de-France
Les tables rondes sont animées par Gabriel VALDISSERRI,
Directeur de France BLEU Drôme Ardèche.
I.
Introduction
Eric DOLIGE
Les établissements publics territoriaux de
bassin (EPTB) se sont regroupés dans une association française
créée en 1999 (AFEPTB), qui rassemble vingt-quatre de ces établissements,
afin de travailler à l’échelle des bassins versants sur l’aménagement
et la gestion des fleuves ou grandes rivières. Nous avons
d’ailleurs été reconnus par la loi Risques de juillet 2003,
notamment pour faciliter à l’échelle d’un bassin
hydrographique la gestion équilibrée de la ressource en eau. Les
établissements publics peuvent ainsi être les maîtres
d’ouvrage de projets de prévention sur le bassin versant, et
sont garants d’une cohérence globale des actions de prévention
des inondations sur leur périmètre d’intervention. Nous
travaillons actuellement avec le ministère de l’Ecologie et du
Développement durable à la préfiguration d’un centre européen
de prévention des inondations. Souhaitons que l’accélération
de la prise de conscience du risque d’inondations et la volonté
plus grande qui semble exister pour agir se concrétisent dans les
mois et les années qui viennent.
Joël HART
Je suis
heureux que cette réunion se tienne aujourd’hui, car après
l’événement « à chaud », que l’élu vit sous
une pression constante (tant en raison des évènements qu’en
raison de la pression exercée par les populations et particulièrement,
de façon compréhensible, par les sinistrés), une phase
d’analyse et de réflexion est indispensable, « à froid »,
non pour rechercher des responsabilités, mais afin de mettre en
évidence les références du passé qui peuvent éclairer l’expérience
actuelle et l’avenir. Sur le terrain, les éléments
scientifiques peuvent facilement être collectés ; il en va
différemment du vécu, qui fait souvent intervenir des éléments
passionnels. Ce type de réunion doit nous permettre de faire
tomber des tabous et de travailler de façon plus coordonnée.
II.
Différentes approches en matière de crues
Claude BARRAL
Créé en 1989 sur le bassin versant, le
syndicat mixte interdépartemental d’aménagement du bassin du
Vidourle et de ses affluents présente la spécificité d’être
à cheval sur deux départements. Né à l’origine de préoccupations
liées à la qualité et à la disponibilité de l’eau, le problème
des crues ne semblait pas, alors, prioritaire. La crue du 9 septembre 2002
s’est toutefois avérée bien plus forte que la crue centennale
de 1958, dans des proportions inconnues jusque-là dans le département.
La ville de Sommières, qui a pourtant toujours vécu avec le
Vidourle, a même été partiellement détruite.
Michel VAMPOUILLE
L’Ile-de-France est concernée par tous les
types de crues : la crue de 1910 de la Seine est souvent
mentionnée en référence, mais des coulées de boues en zone
semi-rurale peuvent aussi se produire, de même que des débordements
de réseaux en zone urbaine. Le Conseil régional travaille donc
sur la problématique de l’eau, dans une logique de contrat de
bassin qui tend à se développer. Nous travaillons avec la
profession agricole ou avec des parcs naturels régionaux pour
favoriser l’évolution des pratiques agricoles. Nous souhaitons
aussi travailler sur les questions d’urbanisme et
d’architecture qui permettent une gestion différente des eaux
de pluie. Cette approche constitue peut-être une spécificité de
l’approche de l’Ile-de-France.
III.
Le rôle de VNF
François BORDRY
Les rivières ont de multiples usages et la
navigation en constitue un exemple. L’ensemble du réseau
navigable français (sous réserve des lois de décentralisation)
a été confié en 1990 à un établissement public, Voies
Navigables de France, chargé de reprendre le patrimoine de l’Etat
dans ce domaine, à commencer par les ouvrages de navigation.
Ceux-ci ont pour mission d’être neutres à l’égard des
inondations. Les barrages de navigation – comme il en existe à
Paris – permettent, quant à eux la navigation mais aussi le prélèvement
d’eau destinée à la consommation domestique dans la région,
et peuvent se voir confier un rôle dans la prévention des crues.
Nous avons donc vocation à être partenaires des établissements
publics de bassin. VNF peut jouer un rôle plus important, par délégation
de maîtrise d’ouvrage des riverains, en matière de gestion de
la ressource hydraulique.
IV.
Le point de vue de l’Etat
Pascal BERTEAUD
Depuis sa création, la Direction de l’Eau
a participé activement aux politiques publiques de prévention,
par le programme décennal de prévention des risques naturels et
depuis un an l’élaboration d’un plan complet en matière
d’inondations. Il s’agit d’une approche privilégiant
l’ensemble des bassins versants, par des actions d’aménagement
mais aussi une politique de prévention. La connaissance du risque
constitue un préalable à une telle démarche, et la mise en œuvre
systématique d’atlas cartographiques des zones inondables à
l’échelle 1/25 000, depuis 1994, s’inscrit dans cette
logique. La moitié des zones inondables ont été cartographiées
entre 1994 et 2000 et ce travail devrait être achevé
en 2005. La loi du 30 juillet 2003 pourra tirer un
parti particulier de ces cartes, par exemple pour la pose de repères
de crues, qui constituent l’une des innovations de cette loi.
Parallèlement, il faut améliorer
l’information en périodes de crues. C’est le rôle
traditionnel des maires, aidés en cela par les services
d’annonce de crues mis en place par l’Etat. Les outils se sont
considérablement améliorés au cours des quinze dernières années,
avec des réseaux automatisés et des radars hydrométéorologiques,
dont le nombre sera porté à 24 d’ici 2006, afin de
couvrir l’ensemble du territoire. Mais l’organisation de ces
services avait peu évolué jusqu’à présent. Une profonde réorganisation
est en cours depuis octobre 2002, autour d’un service
central implanté aux cotés de Météo France, en vue de faire
travailler ensemble hydrologues et météorologues, dans des équipes
d’une dizaine de personnes susceptibles de mailler l’ensemble
du territoire sur la période 2004-2006.
Cela devrait nous permettre de passer de
l’annonce de crues à une logique de prévision. Gagner deux ou
trois heures dans cette prévision serait aujourd’hui vital vis-à-vis
des populations, par exemple pour permettre l’évacuation à
temps et ainsi préserver des vies. Les phénomènes sont
cependant particulièrement complexes. Par ailleurs, la mise au
point des plans de prévention des risques d’inondations
couvrent aujourd’hui 3 000 communes et une proportion
importante de grandes villes. Visant d’abord des règles de
restriction en zones inondables, ils vont bientôt pouvoir inclure
des mesures s’appliquant aux actions d’aménagement prévues
et à l’existant, à travers un volet financier qui donne toute
sa crédibilité au volet réglementaire.
S’agissant de la gestion des inondations,
il est clair que la prévention par les aménagements a assez
largement montré ses limites, partout dans le monde, et l’évolution
climatique liée à l’effet de serre ne devrait que la rendre
plus fragile. Ainsi, de plus en plus, la prévention doit prendre
en compte l’ensemble du bassin versant. La loi du 30 juillet 2003
a donné, là aussi, de nouveaux outils, par exemple pour le développement
de zones de sur-inondations à mettre en place dans des zones
naturelles. Un guide de recommandations techniques a été élaboré
et sera diffusé dans les prochaines semaines à l’ensemble des
acteurs, en complément de ces dispositions législatives. Cela
dit, le renforcement des ouvrages tels que les digues demeurera
incontournable. Des progrès importants restent à faire, comme
l’ont montré les ruptures de digues intervenues en 2002
dans le Gard.
Il faut insister sur la nécessité de
mobiliser tous ces outils de façon conjointe, en développant la
cohérence des actions de l’Etat avec celles des acteurs locaux.
C’est dans cet esprit qu’a été conduit l’appel à projet
lancé en octobre 2002, qui a conduit à retenir 34 projets
à ce jour.
V.
Débat avec la salle
Richard PIERU, Président de l’association AVIA,
Abbeville
A écouter les intervenants, ce qui a changé
réside dans le fait que la culture d’inondations semble
aujourd’hui entrée dans les mœurs et chacun y semble
sensibilisé. Cela dit, l’aménagement dépasse les
circonscriptions habituelles et la décision ne relèvera donc
peut-être pas des périmètres de compétence habituels, pour
mettre aux prises plusieurs types d’intérêts. Les intérêts
économiques joueront certainement un grand rôle, mais l’intérêt
général doit avoir le dernier mot. Comment s’en assurer du
point de vue des autorités et de la répartition des
responsabilités ?
François BORDRY
Le système hydraulique qui entoure la Somme
est extrêmement compliqué, notamment en raison d’importantes
interactions de réseaux avec le Canal du Nord. Il existe également
des déversoirs, ainsi que des interactions entre l’Oise et
l’Escot. Cette complexité a longtemps été gérée avec compétence,
mais de façon pragmatique et concrète. Il faut aujourd’hui
prendre conscience des malentendus qui peuvent se faire jour, et
rendre transparentes les actions qui peuvent réellement être
effectuées (par exemple s’agissant des transferts de volumes
hydriques). Dans cette logique, nous allons publier dans les
semaines qui viennent, via
Internet, les mesures prises par VNF afin de les rendre « lisibles »
par la population.
Pascal BERTEAUD
Je crois que la question posée, quant à la
décision prise, est en effet une question de fond. Il faut
parvenir à identifier un « pilote », au plan
national, même s’il ne peut sans doute s’agir d’un pilote
unique, car plusieurs dimensions sont à inclure :
·
la planification, phase pour laquelle la procédure
en vigueur, dite « des sages », doit sans doute être
réactualisée ;
·
la maîtrise d’ouvrage, à l’égard de laquelle
le regroupement des EPTB évoqué par Monsieur Bordry devrait
permettre de disposer désormais d’un « chef de file »
dans l’aménagement ;
·
les financements, qui tendent à être globalisés
avec la loi de juillet 2003, cette tendance étant appelée
à être confortée.
Michel VAMPOUILLE
En tout état de cause, nous avons encore
beaucoup de travail à accomplir pour mieux faire entrer la
culture des inondations dans les mentalités. En cas de sinistre,
il n’est pas rare d’entendre des réflexions s’étonnant par
exemple que « l’on sache marcher sur la Lune alors qu’on
ne sait pas empêcher des inondations », ou encore se
demandant si l’on n’a pas inondé une zone pour protéger une
grande agglomération voisine. Il ne faut pas non plus donner
l’illusion que les opérations qui pourront être mises en œuvre
résoudront toutes les difficultés : certains outils ne
pourront par exemple être mobilisés que sur les crues majeures,
et cela devra également être soigneusement expliqué. Sur
certaines zones, je crois également qu’il faut envisager une désurbanisation,
car certains espaces sont inondés fréquemment et ne peuvent
faire l’objet d’aucune action efficace.
L’aménagement intervient à plusieurs
niveaux, notamment au niveau d’un bassin ou d’une rivière
mais aussi au niveau des collectivités locales. Or au plan local,
force est de reconnaître que des projets d’aménagement ont pu
voir le jour là où n’existaient il y a quelques années que
des champs. La municipalité d’Abbeville a désormais pris
conscience d’une donnée clé : il ne faut pas « renvoyer »
la ressource hydrique en un seul endroit, qu’il s’agisse
d’une décision prise ou du résultat de l’urbanisation. Nous
avons ainsi pris la décision de créer des « bassins
tampons » au cœur de zones commerciales dont
l’urbanisation avait été décidée préalablement aux
inondations.
Claude NAHON
Les barrages de production d’électricité
ne sont pas du tout conçus pour prévenir les crues. De fait, ils
ont cependant pour effet d’absorber une partie des crues
mineures, car ils disposent de cette capacité d’absorption.
Mais l’information manque aujourd’hui cruellement vis-à-vis
des populations, me semble-t-il.
Claude BARRAL
Nous parlons ici d’inondation stricto sensu et non d’aménagement du territoire. Or telle est la
question clé, de mon point de vue. Les schémas de cohérence
territoriale (SCOT) constituent notamment un outil créé récemment
à la disposition des maires, et cette nouveauté est intéressante
dans son principe, a fortiori si on le rapproche des dispositions de la loi SRU.
Le schéma d’écoulement des eaux de tout un territoire peut
notamment être défini par ces instruments, de façon cohérente
au niveau de ce territoire, quelles que soient les frontières
administratives traversées.
Eric DOLIGE
Au niveau de la Loire, la question de l’aménagement
se pose également. Mais il est vrai que la question de la décision
est déterminante. Or on ne peut que constater que si nombre de décisions
ont été prises, toutes n’ont pas été appliquées. Un décideur
doit en effet avoir les moyens de remplir ce rôle, mais il doit
aussi avoir le courage de prendre les décisions qui relèvent de
cette responsabilité. Il est clair en tout cas qu’on ne peut
trop souvent revenir en arrière une fois que la décision a été
prise. Il existe aussi, à mes yeux, une trop grande multiplicité
des décideurs sur ces sujets, ce qui peut avoir pour effet de
« diluer » la décision. La mise en place de
responsables mieux identifiés semble à l’ordre du jour, à
l’initiative du ministère de l’Ecologie et du Développement
durable – il faut s’en réjouir.
André BRUNSTEIN, association ASIVA
(Seine-Maritime)
La question des pratiques agricoles n’a
pratiquement pas été évoquée, alors qu’elles peuvent être
à l’origine d’inondations. Il s’agit des pratiques liées
à la PAC, pouvant entraîner une transformation très importante
des pâturages ; il s’agit aussi des pratiques
individuelles (mares, haies éliminées, parfois pour des raisons
liées aux subventions)… De nombreuses choses sont à revoir
dans ce domaine aussi.
Pascal BERTEAUD
Il s’agit en effet d’un point majeur. La
question des inondations est d’abord une question d’aménagement
du territoire, et les plus grands aménageurs du territoire sont
les agriculteurs, qui occupent 80 % de sa superficie. La
loi « Risques » prévoit la possibilité
d’introduire des programmes d’action définis en concertation
avec les professions agricoles, mais, in
fine, rendus obligatoires, ce qui donne à cette possibilité
toute sa valeur. Les décrets d’application dans ce domaine sont
en cours d’élaboration.
Bernard KUNTZ, association FAUVE
On parle en permanence de la notion de
bassin, mais on n’évoque jamais l’entretien des voies
(fleuves, canaux) permettant l’écoulement de ces bassins vers
la mer. Or ces voies ne sont guère entretenues. Qui va entretenir
les canaux ? Par ailleurs, quelles sont les infrastructures
à prévoir afin d’inscrire l’aménagement dans une logique de
développement durable ?
François BORDRY
En ce qui concerne la Somme, pour l’aval,
c’est au département d’étudier les mesures éventuelles à
prendre. Pour ce qui est de l’amont, l’ensemble du canal amont
de la Somme vers le Canal du Nord vient précisément d’être
fermé par VNF, pour au moins un an, afin de procéder aux travaux
nécessaires, notamment dans une logique de sécurisation. Nous
devons travailler dans la transparence la plus totale. Je vous
rejoins sur ce point.
Pascal BERTEAUD
Je crois aussi qu’il ne faut pas se leurrer
quant aux capacités d’action que nous pouvons avoir pour mettre
en œuvre une gestion hydrologique très fine : en situation
de crise et d’urgence, les conditions climatiques sont généralement
épouvantables, les liaisons parfois coupées et les marges de manœuvre
plus limitées qu’on ne le pense « à froid ».
L’entretien, de par la loi, est à la
charge des riverains (mis à part le domaine public fluvial, à la
charge de l’Etat) et d’appréhension difficile en raison
d’un certain empilement de textes depuis plusieurs dizaines
d’années, voire depuis 1789. Il est à signaler que dans
la loi Risques, le législateur a souhaité inciter les
collectivités locales à se préoccuper de cet aspect, notamment
par la possibilité de création d’un domaine public fluvial
territorial.
Alain GEST
Je suis pour ma part assez sceptique quant à
la possibilité de prévention des crues qui résiderait dans
l’entretien, même si celui-ci est indispensable. Faisons en
sorte d’examiner avec le maximum de réalité les problématiques
qui se posent, afin d’éviter que ne se reproduisent demain les
catastrophes subies par un certain nombre de nos concitoyens.
Les travaux de ce matin montrent en tout cas
que des progrès importants restent à accomplir, malgré la loi
Risques du 30 juillet dernier. Les dispositions législatives
devront d’ailleurs sans doute évoluer, et ne doivent pas nous
conduire à relâcher notre effort en matière de pédagogie :
celle-ci doit être permanente sur la culture du risque.
Clôture
de la matinée
Roselyne BACHELOT-NARQUIN
Ministre
de l’Ecologie et du Développement durable
Vous savez à quel point le thème de vos débats
a structuré l’action que je mène au sein du gouvernement à la
tête du ministère de l’Ecologie et du Développement durable.
Dès mon arrivée, j’ai souhaité que nous nous mobilisions sur
ce champ prioritaire de prévention des risques naturels, afin de
répondre aux attentes légitimes de nos concitoyens. Dans cet
esprit, ces 1ères rencontres parlementaires
constituent une occasion privilégiée d’échanger les idées et
les expériences.
Les évènements parfois dramatiques dont
nombre d’entre vous ont été les témoins ou les victimes, dans
plusieurs départements français, ont illustré la nécessité
d’une profonde rénovation des objectifs et des méthodes. Je
crois pouvoir dire que nous ne sommes pas restés inactifs. La loi
sur la prévention des risques technologiques et naturels a été
promulguée le 30 juillet 2003. Le Directeur de l’Eau
a délégué en mon nom les premiers crédits à la fin du mois de
septembre. Ce Plan a d’ailleurs suscité une forte initiative et
une implication importante des collectivités locales. Dans les
prochains jours, je communiquerai la liste des projets finalement
retenus parmi tous ceux qui étaient en lice.
La réforme de la prévision des crues a également
été engagée, afin de mieux organiser les services locaux.
Ceux-ci seront à terme mieux équipés, mieux dotés en personnel
et mieux formés à des équipes rénovées : on passera
ainsi de l’annonce des crues à la prévision des crues. Cette
disposition sera opérationnelle dès 2005. Le SCHPI, à
Toulouse, verra ses équipes renforcées dès 2004, et servira de
« second rideau » aux services locaux de prévision
des crues. La Somme bénéficiera, pour sa part, d’une
couverture performante par le service du bassin Artois-Picardie,
situé à Lille, qui mobilisera notamment la démarche de
mobilisation mise en place par le Conseil général de la Somme.
Sur le plan méthodologique, nous avons
souhaité atténuer l’aléa par des mesures en tête de bassin,
par des mesures de sélection des bassin en recourant à la méthode
de ralentissement dynamique. Certes, si la masse d’eau reçue
dans le Gard a eu un effet aussi dévastateur, c’est en raison
de nombreux paramètres tenant notamment au territoire dans lequel
la masse d’eau s’est déversée. Cela signifie que des
mesures, touchant par exemple aux pratiques culturales, peuvent être
prises pour limiter les effet d’une crue.
Dans cette perspective, la loi du 30 juillet
comporte des mesures innovantes, par exemple en prévoyant la création
d’ouvrages de régulation des débits, visant à créer des
zones d’expansion des crues en amont. La loi incite aussi aux
pratiques agricoles susceptibles de retenir la crue. Il faut
d’ailleurs saluer l’implication du monde agricole et son
ouverture d’esprit, qui ont facilité la prise de ces mesures.
La loi vise aussi à développer la conscience du risque au sein
des populations exposées. Le risque ne disparaîtra jamais. Il
faut donc renforcer l’information préventive, pour favoriser la
responsabilisation des populations les plus exposées. La
population doit être cogestionnaire du risque, et pour cela doit
en connaître les caractéristiques. Trois dispositions sont prévues
pour cela : la mention obligatoire du risque pour les
transactions commerciales de constructions en zones exposées ;
la pose de repères de crues afin d’entretenir la mémoire du
risque ; l’obligation d’information dans les communes les
plus exposées au risque naturel.
Le gouvernement souhaite aussi revoir nos
conceptions en matière d’urbanisme. Or s’il ne s’agit pas
de rejeter le développement, celui-ci doit être durable. Il nous
faudra tirer profit, notamment, des nouvelles dispositions législatives
afin de revenir sur des situations associées à un trop haut
niveau de risques héritées du passé. La loi du 30 juillet
permet de donner les moyens d’aborder cette question de
l’existant, de façon nouvelle. Elle prévoit par exemple la
mobilisation du fonds Barnier pour faciliter, en complément des
indemnisations des assurances, l’installation par
l’acquisition d’un terrain hors de la zone à risque.
C’est en se rappelant, collectivement, la détresse
infinie des personnes et des territoires, que toute cette
politique a été élaborée. Une image m’a en effet accompagnée
tout au long du débat parlementaire : celle d’une Présidente
d’association de sinistrés, qui m’avait dit que le plus
difficile à accepter, à ses yeux, était la destruction de
photos de famille, de souvenirs et d’éléments représentant
bien plus que quelques éléments matériels. Nous détenons une
des clés essentielles du développement durable dans nos belles régions
de France.
Table ronde n° 2
Accélérer et élargir l’indemnisation
des sinistrés
Président
Max ROUSTAN, Député du Gard, Président du groupe d’études sur
les Inondations
Intervenants
Serge CONSTAT, Directeur général de l’Agence Nationale pour l’Amélioration
de l’Habitat (ANAH)
Jean-Philippe DAMIEN, Fédération des Associations de Sinistrés de
la Somme (FASS)
Pascal DOUARD, Délégué adjoint à la prévention des risques
majeurs au Ministère de l’Ecologie et du Développement durable,
Responsable de la mission Développement durable au Ministère de
l’Equipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la
Mer
Antoine PRAX, Coordinateur de la cellule interministérielle de
reconstruction, Nîmes
Guillaume ROSENWALD, Directeur des marchés à la Fédération Française
des Sociétés d’Assurances (FFSA)
Claude SMIROU, Membre de la Commission technique Incendies et
Risques divers, Groupement des Entreprises Mutuelles d’Assurances
(GEMA)
I.
Introduction
Max ROUSTAN
J’ai fait partie, avec Monsieur Prax, de
la cellule d’indemnisation qui a été mise en place dans le Gard
et je crois que l’on peut y voir une réussite, permise notamment
par la mise en commun des fonds de l’Etat et des fonds des
collectivités locales. Cela dit, certains dossiers ont pu être délicats
à remplir, en raison de conditions particulières liées à des
contrats d’assurance. Il en résulte certains problèmes à résoudre,
d’autant plus aigus, dans certains cas, que la cellule n’est
plus en fonction.
Dans le domaine de l’habitat, près de 800 habitations
privées ont été touchées et des problèmes particuliers se sont
posés. La possibilité de solliciter le fonds Barnier pour venir en
complément des fonds d’assurance a certes constitué un complément
utile. Cependant, certaines personnes sont encore aujourd’hui logées
en bungalow, et des problèmes restent donc à résoudre auprès des
assureurs.
II.
Le rôle des assureurs
Claude SMIROU
L’expérience que nous avons des évènements
connus dans le Gard, au sein du GEMA, nous a permis de renforcer et
d’améliorer notre savoir-faire en matière d’indemnisation,
notamment grâce aux nouvelles technologies, qui nous permettent
d’être plus réactifs en cas d’indemnisations massives. Il est
clair que c’est à nous que revient la responsabilité de nous
organiser face à un tel nombre de dossiers. Nous l’avons fait,
par une organisation en cellule de crise qui permet d’adapter les
moyens aux besoins des assurés. L’information est en tout cas
devenue, aujourd’hui, une priorité, tout en ayant à l’esprit
qu’il revient à l’assureur de préciser ce qui est garanti et
ce qui ne l’est pas. Si ce sont les médias qui livrent
l’information là où se trouve la victime, notre message,
lorsqu’il est relayé par la presse, ne vise pas la publicité
mais seulement à informer le public des moyens mis en œuvre pour
venir en aide aux populations touchées. On peut souligner au
passage la qualité et l’efficacité de la coopération qui a été
mise en place dans le Sud de la France avec le réseau France Bleu,
car il y a peut-être là des solutions pour l’avenir.
Nous menons par ailleurs une action de terrain
grâce aux coordinateurs présents sur place. Leur mode de
fonctionnement commence à être connu des préfectures. Pour ce qui
est de l’indemnisation des sinistrés, la question de l’élargissement
peut en effet se poser. Il faut toutefois rappeler que le risque
d’inondations n’est pas assurable – à une réserve près :
le dispositif « catastrophes naturelles » lorsqu’un
responsable ne peut être identifié – et que le système légal
qui existe en France fonctionne bien – de nombreux pays nous
l’envient d’ailleurs. Dans ce contexte, un élargissement de
l’indemnisation ne peut être envisagé que par des mesures réglementaires.
Verser plus aux victimes sans contrepartie pour l’assureur entraînerait
en tout cas un déséquilibre pour les sociétés d’assurance,
comme chacun peut le comprendre.
III.
L’élargissement de l’indemnisation
Guillaume ROSENWALD
En ce qui concerne l’élargissement de
l’indemnisation, il peut s’agir d’introduire de nouvelles
possibilités d’indemnisation dans le dispositif « catastrophes
naturelles » (CATNAT) ; mais il s’agit surtout de l’élévation
du montant d’indemnisation ou de l’extension de la couverture
assurée aux biens. Pour le risque aux particuliers, le dispositif
existant fonctionne plutôt bien depuis une dizaine d’années. Par
contre, les actifs donnant lieu à exploitation économique donnent
lieu à une indemnisation beaucoup plus longue et problématique,
parfois en raison de difficultés « bêtes » telles que
l’absence de justificatifs liés à des actes simples de gestion.
L’assuré cherche aussi, et peut-être
surtout, à être assuré de pouvoir repartir. Des discussions sont
en cours avec certaines professions, notamment afin d’accroître
la disponibilité des réparateurs, toujours débordés et peu
accessibles en périodes de crise. Un sujet moins concret mais tout
aussi important pour les années à venir porte sur le lien entre
indemnisation et prévention. Ce lien existe depuis la création du
régime, mais va prendre un caractère plus concret. Monsieur Prax
y reviendra sans doute.
IV.
De nouvelles mesures en matière de contrat d’assurance
dommages
Pascal DOUARD
Je viens de changer de fonctions et
j’interviens ici au titre de mes anciennes responsabilités
concernant la prévention des risques naturels. Le régime existant
avant la loi du 30 juillet 2003 est constitué par la loi
de 1982 sur les risques, prévoyant un certain nombre de
garanties relatives aux dommages aux biens, moyennant une
surcotisation, lors de la souscription d’un contrat d’assurance
dommages. Nous avons essayé d’améliorer ce dispositif sur trois
points :
·
la prise en compte de la localisation du risque, pour
les biens fortement sinistrés, en prévoyant un mécanisme
d’expropriation par la puissance publique, afin de rendre viable
un plan de financement pour la relocalisation ;
·
l’introduction de dispositions permettant de réduire
le risque par des moyens de construction plus solides, plus robustes
ou mieux adaptés au risque identifié, au moyen de subventions à
verser (à partir du fonds Barnier) afin de permettre le financement
des moyens rendus obligatoires par la loi ;
·
l’extension du mécanisme d’expropriation
(auparavant possible uniquement en cas de danger vital pour les
personnes) et la possibilité de traitement amiable, dans une
logique de prévention.
A ces mesures s’ajoute désormais l’obligation, pour
l’assureur, de verser une première provision d’indemnisation
dans les deux mois suivant le sinistre. Il est clair, en tout cas,
qu’indemnisation et prévention sont étroitement liées.
V.
La mission de l’ANAH
Serge CONTAT
Une difficulté particulière, en matière
d’habitat privé, réside dans la chaîne totalement discontinue
qui caractérise cette forme d’habitat. Dans le cas de logements
HLM, la mise en commun rapide de toutes les compétences nécessaires
a permis la définition rapide d’un programme d’action. Dans le
cas de l’habitat privé, on se trouve face à des particuliers
beaucoup moins habitués à ce type de démarche, et face à des
artisans qui ont du mal à répondre à l’importance de la demande
dans des délais acceptables. La situation est encore plus difficile
en logement collectif, où la décision relève des lois de copropriété.
Dans ce contexte, l’ANAH, chargée de la réhabilitation
de l’habitat privé, a cherché à mettre en œuvre des réponses
rapides et pragmatiques aux catastrophes que notre pays a pu connaître
au cours des dernières années. Il s’agit d’abord de réagir
vite. L’ANAH s’efforce chaque fois de le faire, en réunissant
très rapidement son Conseil d’Administration pour prendre un
certain nombre de mesures. Par ailleurs, dans le cadre d’un
dispositif de réhabilitation de droit commun, l’ANAH s’adresse
au propriétaire bailleur et au propriétaire occupant sous
condition de ressources. Dans le cas des catastrophes qui ont pu
survenir, des dispositions exceptionnelles ont été prises, afin
d’élargir à toutes les victimes les aides pouvant être mobilisées.
La simplification a également fait partie de notre travail, afin de
simplifier la procédure d’agrément des travaux. L’ANAH a aussi
travaillé dans le domaine de la garantie des financements, en
rendant possible une péréquation nationale et par une garantie des
financements prévus (au besoin en assurant une redistribution
rapide des crédits pouvant être mobilisés par l’Agence).
La difficulté de réaliser les « bons
travaux » constitue une difficulté récurrente dans ce type
de démarche. Si la question ne se pose pas pour des éléments
simples isolés, la question devient rapidement plus complexe
lorsque plusieurs éléments d’un logement sont à remplacer et
peuvent l’être par plusieurs moyens. Il paraît également très
important de partager l’expérience, et nous tentons de le faire
par la diffusion de documents destinés à l’ensemble des
professionnels. Enfin, il me semble que nous devons progresser vers
« l’opérateur unique » dans le cadre des chantiers de
réhabilitation, afin de permettre une conduite de tels chantiers de
façon aussi rapide et efficace que possible.
VI.
La cellule interministérielle de reconstruction
Antoine PRAX
Les termes de réactivité et d’action rapide
s’appliquent très bien à l’action de la cellule interministérielle
de reconstruction dont la charge m’a été confiée. Composée de
représentants de l’Etat mêlant un représentant des Ponts et
Chaussées, un Trésorier-payeur général, un Ingénieur général
agricole autour de la notion de « guichet unique », sous
l’animation du Préfet, la cellule vise notamment, outre une
indemnisation aussi rapide que possible des personnes sinistrées,
la cohérence du traitement administratif de chaque dossier, l’élaboration
de décisions et la définition d’une doctrine locale.
Plusieurs principes généraux doivent être
soulignés autour de la notion de guichet unique dans la démarche
de la cellule, tant pour les entreprises que pour les collectivités
locales ;
·
une entrée unique (chambre de métier ou chambre
consulaire pour les entreprises, préfecture pour les collectivités) ;
·
un rythme de travail hebdomadaire, autour de la DDE
pour les collectivités et dans le cadre d’un comité ad
hoc pour les entreprises, permettant une décision pré-notifiée
en moins d’une semaine et une consommation rapide des crédits ;
·
la mise en œuvre d’une procédure expérimentale du
FISA, en Languedoc-Roussillon, par délégation de l’Etat,
permettant une indemnisation en quelques jours pour les artisans,
ceux-ci ayant souvent perçu un chèque le mardi, à partir d’une
décision prise le vendredi précédent ;
·
une gestion commune par le Trésorier-payeur général,
pour l’ensemble des partenaires, de façon mutualisée.
En ce qui concerne le logement, 900 familles ont pu
être définitivement relogées à la fin du mois d’octobre 2003,
soit près d’un an après le sinistre, sur un nombre total de 1 400 familles
sinistrées initialement. Il convient également de rappeler que le
Gard a bénéficié d’une procédure transitoire prévue par la
Loi de Finances rectificative de 2002, sollicitant chacun des
partenaires de la démarche de façon importante pour coordonner nos
actions. On peut aujourd’hui envisager qu’une trentaine
d’accords passés sur le « fonds Barnier amiable »
soient signés avant la fin de l’année.
La méthode du guichet unique et d’une démarche
partenariale a permis une programmation et une consommation des crédits
à un rythme soutenu. Il faut également rappeler que le montant de
21 millions d’euros dont nous avons pu bénéficier au titre
des fonds européens a constitué un levier incontournable. Cette méthode
a permis, en outre, de créer des conditions de travail rendant
chacun des partenaires plus réactifs. Le travail effectué au cours
de l’année 2003 est en cours, et un « mémento
pratique » a été élaboré. Il pourrait constituer un
instrument de travail transférable à l’ensemble des préfectures,
compte tenu des nombreux chapitres sur lesquels il propose des
dispositions, fruits de notre expérience dans le Gard (réquisitions,
indemnisation, fiscalité, etc.).
VII.
Des interrogations en suspens
Jean-Philippe DAMIEN
Ma présence à cette tribune vise plutôt à
soulever des questions qu’à apporter des réponses. Les propos
tenus aujourd’hui semblent plutôt réconfortants, et l’on peut
penser que les problèmes d’indemnisation auraient sans doute été
soulevés avec moins d’écho s’ils ne s’étaient pas posés de
façon particulièrement aiguë.
Nous avons sollicité nos adhérents et avons
recueilli auprès d’eux un certain nombre d’interrogations à
vous soumettre quant à ce qui peut ou doit encore être amélioré.
Je vais ici énumérer ces questions.
·
Les informations sont souvent manquantes ou
parcellaires, par exemple pour les propriétaires de logement, quant
à l’obligation de s’assurer face au risque de catastrophes
naturelles.
·
La concurrence entre experts d’assurés et experts
d’assurances a tourné à l’affrontement, sans règles du jeu
visibles, avec les conséquences que l’on peut en déduire sur
l’indemnisation des sinistrés ; cela a-t-il évolué ?
·
La franchise imposée à l’assuré pourrait aller
croissante en cas de sinistres successifs, d’après les
informations que nous avons ; le confirmez-vous ?
·
L’indemnisation des assureurs serait-elle stoppée
en cas de sinistres identiques successifs ?
Gabriel VALDISSERRI
Je vous propose que nous commencions à répondre
à ces questions.
Guillaume ROSENWALD
Il est vrai que nous avons connu dans la Somme
un taux important de non-assurés (environ 15 %), en
particulier parmi les propriétaires d’habitations, alors que ce
taux avoisine généralement 5 %. Une information est sans
doute à assurer au niveau de la profession, afin de réduire ce
taux ; nous avons effectué cette démarche depuis un certain
nombre d’années.
En ce qui concerne les batailles d’experts,
je crois que la question est complexe. S’il y a bataille, c’est
sans doute le signe d’une défaillance de l’expertise technique,
d’un côté ou de l’autre. En principe, un expert propose une évaluation
autour de laquelle s’élabore un accord de l’assureur et de
l’assuré.
Claude SMIROU
Il faut rappeler que les experts d’assurés
se rémunèrent sur le montant des dommages, ce qui peut éclairer
le constat qui a été fait.
Guillaume ROSENWALD
La franchise a été modifiée depuis deux ou
trois ans eu égard à l’approbation d’un plan de prévention
des risques, en particulier pour le risque d’inondations. Il est
en effet prévu une augmentation de la franchise pour les communes
non dotées à ce jour de PPR prescrit, afin d’inciter à la mise
en œuvre de cette démarche. Ce principe semble aujourd’hui
permettre une incitation réelle et un certain dynamisme dans la définition
des PPR. Ceux-ci doivent maintenant être approuvés dans un délai
de quatre ans, faute de quoi la loi prévoit le retour au principe
des franchises.
Max ROUSTAN
Comment rendre responsable l’occupant d’un
habitat en zone mal positionnée, en refusant éventuellement
d’assurer cette personne après deux sinistres ? Je trouve
cela scandaleux, d’autant plus que ce principe s’applique aussi
aux collectivités.
Guillaume ROSENWALD
Nous avions été consultés au moment de la
mise en place de la multiplication de franchises. Ce principe
n’est pas simple à gérer pour les assureurs, et nous avions
d’ailleurs émis la même critique : il est choquant de faire
payer les acteurs qui ne sont pas responsables. Cela dit, d’un
point de vue pragmatique, cela a considérablement fait évoluer la
situation, en incitant indirectement à « bouger » ceux
qui pouvaient le faire vis-à-vis des PPR.
S’agissant du refus d’assurance après un
certain nombre de sinistres, cela est assez rare sur le risque de
particuliers. Cette éventualité est en tout cas prévue par la
loi, et les particuliers doivent, le cas échéant, se tourner vers
le Bureau central de Tarification, qui désignera un assureur qui ne
pourra se soustraire à la demande qui lui sera faite par le
Bicentenaire.
Jean-Philippe DAMIEN
Les interrogations posées par nos adhérents
tiennent aussi au fait que les extérieurs ne semblent pas devoir être
pris en charge (y compris pour ce qui concerne les façades). Quelle
est la réglementation sur ce point ?
Claude SMIROU
La loi oblige les assureurs à couvrir les
catastrophes naturelles lorsqu’un arrêté ministériel paraît,
auquel cas le contrat souscrit par l’assuré s’applique dans
toute son étendue et dans toutes ses limites. Si le contrat ne
couvre pas l’extérieur, ces parties ne seront pas incluses dans
le périmètre d’indemnisation.
VIII.
Débat avec la salle
Daniel GONTIER, AVIA, Abbeville
Nous allons mettre en place un PPRI. Les
assurances vont-elles nous demander, à la date anniversaire des
contrats, des modifications portant par exemple sur la hauteur des
prises ou quant aux matériaux utilisés ?
Guillaume ROSENWALD
Aujourd’hui, le dispositif « CATNAT »
a fonctionné à près de 99 % selon le principe de
solidarité. Le dispositif récent prévoyant l’apport du fonds
Barnier pour des travaux inclus dans le cadre du PPRI va introduire
une plus grande responsabilisation. Cela dit, des PPRI ont pour conséquence
de faire naître des obligations pour des particuliers, alors
qu’elles n’existaient pas auparavant. Là où des PPRI imposent
aux particuliers et aux entreprises des conditions particulières
d’amélioration de l’habitat, les particuliers et les
entreprises dispose en effet de cinq ans pour se mettre en conformité
avec ces dispositions – si les plans de prévention concernés ont
fait l’objet d’une approbation.
Pascal DOUARD
Il faut toujours se référer au règlement du
PPR, car c’est lui qui précise les travaux obligatoires ou
recommandés, en en précisant l’échéance. La réglementation
inclut également une disposition limitant à 10 % de la
valeur des biens les travaux exigibles aux particuliers. Le principe
consiste plutôt à rechercher des travaux d’un coût parfois
relativement peu élevé, mais d’une efficacité certaine, par
exemple afin d’éviter les intrusions d’eau dans l’habitation.
Il est clair également que les exigences varieront fortement
suivant que l’on se trouve dans une zone fortement inondable ou
non.
Richard PIERU, AVIA, Abbeville
On peut craindre que le fonds Barnier ne soit
insuffisant, même s’il s’agit indéniablement d’un « plus ».
Un fonds « CATNAT » existe. Ne pourrait-il être mobilisé,
au moins en partie, afin de permettre un transfert de fonds et de
financer des travaux y compris en zone urbaine, par exemple ?
Pascal DOUARD
Le seuil des 10 % est un plafond fixé
par le règlement du PPRI, donc par la loi. S’agissant du
financement, il est prévu des subventions provenant du fonds
Barnier (alimenté par les cotisations des assurés), auquel
s’ajoutent des aides de l’ANAH, si les personnes concernées y
sont éligibles. Pour le reste, il est nécessaire de concevoir des
règlements intelligents, par exemple en demandant la réalisation
d’une installation électrique limitant fortement les risques à
l’avenir.
Guillaume ROSENWALD
La création du fonds de catastrophes
naturelles vise bien à payer les dommages, et ce fonds ne comporte
pas aujourd’hui de réserve particulière (à l’exception des
provisions devant servir à pouvoir honorer les conséquences
d’une prochaine catastrophe). Mais le principe que vous évoquez
correspond précisément au principe du fonds Barnier, alimenté par
les cotisations des assurés afin de permettre et de faciliter le
financement des travaux.
Serge CONTAT
Je précise que l’ANAH intervient en complément
des possibilités offertes par le fonds Barnier. Ce type d’action
fait clairement partie des axes prioritaires sur lesquels nous
travaillons.
Claude SMIROU
La question posée démontre l’intérêt de
l’information du public. Avec le fonds Barnier, nous avons désormais
des « numéros 1 » et des « numéros 2 ».
Il est important, maintenant, de clarifier les questions de
mobilisation de ces fonds.
Table ronde n° 3
Améliorer l’information du public
Président
Alain GEST, Député de la Somme, Président du Conseil général de
la Somme
Intervenants
Alain CHAMBARD, Président du Syndicat intercommunal d’Assainissement
de la Région de Villeneuve Saint-Georges (SIARV) ;
Michel MEYER, Directeur du réseau France BLEU ;
Olivier MOCH, Directeur général adjoint de Météo France ;
Thierry POINTET, expert international sur les crues de nappes du
Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) ;
Gérard de RYCKER, Président adjoint de la FNAIM.
I.
Combler les manques
Alain GEST
Nous avons fait un état des manques qui
pouvaient être identifiés, à l’issue des inondations qui ont
touché la Somme, et des moyens qui pouvaient nous appuyer.
Les manques identifiés sont de plusieurs
ordres. Il s’agit d’abord des systèmes d’alerte. Ainsi, il
n’existait pas dans la Somme de système d’annonce de crue, ni
de système de mesure du niveau des nappes. La capacité à disposer
d’une information utile et pertinente sur le plan météorologique
est également apparue comme une condition importante. Par ailleurs,
l’information des propriétaires fait désormais partie des
obligations prévues par la loi, de même que l’information des
populations au niveau des communes.
Il faut aller plus loin, toutefois, en matière
d’information. Différents documents devraient paraître dans les
semaines qui viennent dans ce champ, avec par exemple un fax pour
les élus qui permettra de toucher rapidement cette population, y
compris hors des situations de crise. Nous allons aussi communiquer
directement en direction des populations, sans distinction a
priori, afin de parvenir à ancrer dans tous les foyers de notre
pays une sensibilisation à la notion de risque. La mobilité
croissante des populations plaide également en ce sens.
Nous allons créer un site Internet dédié,
sur lequel seront regroupées toutes les informations que nous avons
pu juger nécessaires de mettre à la disposition des personnes
sinistrées. Il nous a semblé aussi très important de sensibiliser
les élus responsables, et pour ce faire nous avons souhaité
proposer à certains élus, aujourd’hui insuffisamment sensibilisés,
de suivre une formation sous un label commun : « Communes
citoyennes ». Il s’agit ainsi de pointer du doigt les maires
et élus les plus dynamiques, tout en distinguant, en contrepartie,
ceux qui doivent encore consentir des efforts.
Il ne faut pas oublier, dans ce panorama, le
relais médiatique, au-delà du partenariat qui nous lie pour cette
manifestation à France Bleu. A cet égard, je souhaite remercier
l’ensemble des médias, d’une façon générale, pour la façon
dont ils ont pu nous aider dans la Somme. Certes, il a pu être
difficile, par exemple, de susciter l’intérêt des médias
lorsque nous souhaitions leur montrer des situations plus contrastées
que la seule catastrophe qui avait été connue. Le rôle des médias
est particulièrement important en raison du rôle pédagogique que
nous devons avoir. Nous ne pouvons assumer ce rôle seuls, nous, élus,
car dans de tels cas nous sommes rapidement considérés comme
suspects ; la reprise des mêmes informations dans les médias
ajoute toujours, à juste titre ou non, une certaine crédibilité
à l’information.
II.
Le cas particulier du système d’information des riverains
de l’Yerres
Alain CHAMBARD
Le Syndicat intercommunal d’Assainissement de
la Région de Villeneuve Saint-Georges, créé en 1952,
regroupe 17 communes et environ 230 000 habitants.
Confronté en 1978 à une crue particulièrement importante,
nous avons dû réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour éviter
que ne se reproduise un tel sinistre. Dès 1980, la réalisation
de huit barrages à clapets mobiles a ainsi été décidée et ces
travaux ont été achevés au début des années 90. Une télégestion
qui y a été ajoutée a permis un gain de temps considérable et
surtout une capacité d’anticipation. Il restait au Syndicat à
assurer la fourniture des informations recueillies en temps réel
aux élus et services publics concernés de la région.
L’expérience des fortes inondations ayant
touché plus récemment d’autres régions de France a montré
clairement le besoin d’informer rapidement les populations, même
si l’anticipation n’est pas toujours possible. Rapidement, nous
avons décidé d’agir et d’aller plus loin dans l’information.
Ainsi, en novembre 2002, le système d’information des
riverains de l’Yerres a été mis en place et permet, par un
automate, de prévenir chaque riverain par téléphone du risque de
crue, à partir de la simple inscription des riverains sur une
banque de données informatisée, de façon totalement gratuite et
volontaire. En cas de risque de crue, les riverains se voient ainsi
délivrer par téléphone un message d’alerte en rapport avec le
degré de risque encouru, en fonction de leur localisation, sur la
base des données recueillies sur le terrain et par relevés
topographiques.
Le système de prévention repose avant tout
sur la parfaite connaissance du terrain et les messages d’alerte
sont diffusés selon un rythme plus ou moins soutenu. La crue passée,
un message de fin d’alerte est délivré. Ce logiciel a déjà été
utilisé plusieurs fois et un taux de réussite dans
l’aboutissement des messages proche de 98 % a pu être
établi. Chaque année, une campagne d’inscriptions nouvelles est
assurée par le Syndicat et ces inscriptions sont en hausse de 16 %
cette année. Le dispositif semble donc connaître un certain succès
auprès des riverains. Son extension est d’ailleurs d’ores et déjà
prévue, de même que deux outils supplémentaires : la création
d’un Numéro Vert sur la situation de la rivière, 24 heures
sur 24 ; la conception d’un site Internet qui permettra
de visualiser 24 heures sur 24 la situation de la rivière
en des lieux stratégiques.
III.
France BLEU : un véritable réseau de crise
Michel MEYER
Le réseau France Bleu représente 43 stations
locales réparties sur l’ensemble du pays, pour un total
avoisinant 7 % d’audience, à un niveau qui nous place
tout près des plus grands réseaux. Le maillage du territoire par
notre réseau est donc étroit et, au fil des catastrophes, force
est de constater que nous sommes devenus « le réseau de crise »
du pays. Nous sommes aussi un partenaire complémentaire et
essentiel de Météo France, car nos stations sont vos relais, en
fonction des alertes émises par vos services, à partir desquelles
nous pouvons relayer le message de vigilance en direction des
auditeurs. Durant la catastrophe à proprement parler, nous sommes
les artisans du temps réel, avec une réaction en temps réel, grâce
au seul vecteur de communication généralement épargné : la
radio, qui devient alors le lien essentiel qui sécurise et permet
de garder la raison.
Pour « l’après », le conseil et
l’accompagnement des sinistrés, nous nous efforçons aussi de
mobiliser les assureurs, par exemple. L’expérience de la Somme a
permis de tirer des enseignements dont nous pourrons tirer les leçons
pour l’ensemble du territoire, par exemple en ce qui concerne la
mise en œuvre des actions de solidarité. La citoyenneté et la
proximité demeurent notre credo.
IV.
L’évolution des prévisions de Météo France
Olivier MOCH
Plusieurs éléments sont à suivre et le
premier est l’évolution de l’aléa, clairement évoquée ce
matin par Claudine Schmidt-Lainé. Le phénomène est complexe,
cependant, et relativement mal perçu aujourd’hui par la
population. Une autre évolution touche les vulnérabilités, qui
ont là aussi déjà été évoquées. Je m’étendrai davantage
sur l’évolution des prévisions. Il est vrai qu’il existe des
limites, mais nous progressions assez vite dans ce domaine :
nous gagnons environ un jour de prévision tous les sept ou huit
ans. Le maillage du territoire est également en progression, du
point de vue opérationnel, et nous devrions assez rapidement
parvenir à une maille de 2 ou 3 kilomètres, contre 10 kilomètres
aujourd’hui.
650 zones ont été définies pour
l’ensemble du territoire. Nous établissons des prévisions pour
chacune d’entre elles. Les tempêtes de 1999 ont joué un rôle
de déclencheur dans la prise de conscience de la nécessité d’évoluer,
car un constat clair a alors pu être établi : nous avons émis
des messages prévoyant des tempêtes d’une très rare violence.
Or ces messages ont été parfaitement perçus par les
professionnels, qui en ont tiré les conséquences et ont subi peu
de dommages. En revanche, le grand public et les particuliers ont
connu des accidents beaucoup plus dramatiques en raison d’une
compréhension très imparfaite des messages. Nous avons alors pris
la mesure de l’effort à produire pour rendre accessibles ces
messages au plus grand nombre.
C’est dans cette logique que les « cartes
de vigilance » éditées par Météo France et aujourd’hui
bien connues ont été conçues. Elles constituent l’élément
principal de toute une chaîne d’informations en temps réel, qui
passe aussi par des « bulletins de suivi » édités
durant toute la durée du phénomène. Nous diffusons aussi, en
complément de ces cartes, des conseils de comportement. Cela dit,
l’élaboration de ces outils n’a pas été aussi simple qu’il
n’y paraît, pour plusieurs raisons. En premier lieu, il a fallu
simplifier des messages parfois complexes dans leur teneur. Nous
sortions, en outre, d’une culture de sécurité civile, après
l’accident de Tchernobyl, confiant volontiers les questions de sécurité
civile aux pouvoirs publics et à leurs représentants uniquement.
Un travail pédagogique a donc dû être réalisé, et peu à peu
les mentalités ont évolué pour accepter plus facilement ce type
d’approche.
V.
L’appréciation du risque de crues de nappes
Thierry POINTET
Les crues constituent souvent un phénomène
« intégrateur », composé en réalité de plusieurs éléments.
Le premier est artificiel : ainsi, les pluies survenant à la
fin de l’hiver, dans certaines régions, tombent souvent sur un
sol que le caractère gelé, durant de longues semaines hivernales,
rend tel une toile cirée. Les pluies glissent alors irrémédiablement,
de façon bien différente de ce qui pourrait être leur
comportement à un autre moment de l’année. La modélisation
permet aussi d’illustrer clairement certains phénomènes de crues
de nappes, et l’on peut parfois en déduire, comme dans le cas de
la Somme, que certaines crues de nappes hivernales sont
difficilement évitables.
Il convient dès lors d’en tirer les conséquences
pour adapter les mesures à prendre. En l’occurrence, dans la
Somme, un système de simulation prédictive, réalisée tous les
quinze jours, a été mis en place, et permet de réduire à 48 heures
le délai entre la mesure sur le terrain et la transmission des
informations à la DIREN, pour émission éventuelle d’un message
d’alerte.
Les nappes évoluent, cependant. On dit
qu’elles « battent », et ce battement connaît une
amplitude de variation importante, notamment en fonction de la
capacité d’absorption des roches d’une zone considérée. En
ajoutant cet élément aux éléments précédemment cités, il est
possible d’établir un atlas des zones sensibles aux remontées de
nappes, à l’échelle du 1/100 000ème. Il existe également
une base de données commune au ministère de l’Ecologie, qui doit
désormais intégrer tous les éléments de suivi permettant
d’apprécier le risque de crues.
VI.
Vers une information efficace
Gérard de RYCKER
On tend aujourd’hui à entrer dans un détail,
en de multiples domaines, qui rendent parfois l’information visée
inopérante. Il semble qu’avec le PPR, il soit question
d’ajouter au compromis de vente un document volumineux. Cela ne me
semble guère une idée judicieuse : l’ajout d’un document
d’une page, écrit de façon lisible, quitte à inviter à se
renseigner auprès de la municipalité en cas de risque particulier,
me semblerait bien plus pertinente au regard de l’objectif
poursuivi. Il est également étonnant que rien ne soit prévu par
la loi du 30 juillet en cas de cession de fonds de commerce.
Ceci est étonnant, car les risques sont plus grands encore pour ce
type d’établissement.
VII.
Débat avec la salle
Alain HERIN, Président de l’association Bellevue
Volembert
Qu’en est-il concernant l’information sur
les PPR de ruissellement, qui seront conjoints aux PPR de mouvement
de terrain ?
Gabriel VALDISSERRI
Nous n’avons hélas pas de réponse à
apporter à cette question, car nos interlocuteurs, sur ce point,
ont quitté la tribune.
Fernando FERNANDES, Agent technique, FASS
A Serancourt le Grand, une inondation s’est
produite et une question posée par la municipalité au BRGM a reçu
la réponse suivante : « la nappe n’a pas augmenté de
niveau depuis dix ans ». Dès lors, ma question est simple :
l’inondation qui est survenue résulte-t-elle de la nappe ou du
ruissellement ?
Thierry POINTET
Il est évidemment très difficile de répondre
à cette question. Peut-être l’information délivrée par le BRGM
se rapporte-t-elle à une « sous-région » ou à une
partie seulement du bassin versant.
Jean-Philippe DAMIEN
Quels sont les moyens techniques permettant de
gérer au mieux les remontées de nappes ?
Thierry POINTET
Il existe deux types d’observations :
·
l’observation du niveau ordinaire de la nappe ;
·
la montée en saturation de la zone non-saturée, qui
peut se charger d’eau au point de devenir partie intégrante de la
nappe sous-jacente.
C’est ce deuxième type d’observation,
aujourd’hui peu pratiquée car jugée peu digne d’intérêt, que
nous préconisons de façon plus active, en particulier pour des cas
comme celui de la Somme.
Alain GEST
Que peut-on faire, d’un point de vue concret,
au-delà de l’anticipation du phénomène ? Le pompage des
nappes n’est sûrement pas possible, par exemple.
Thierry POINTET
Une façon d’intervenir consisterait à jouer
sur les constantes de temps, en provoquant un différé afin d’éliminer
plus rapidement une eau risquant de s’avérer problématique par
la suite. Une autre réflexion a consisté à abaisser le niveau
d’un cours d’eau régulé par des barrages, durant plusieurs
mois, de sorte que l’influence du cours d’eau « bas »
se diffuse jusque dans la nappe, dont le niveau serait alors conduit
à baisser, libérant ainsi, en quelque sorte, des capacités de
stockage dans la nappe.
Claude SMIROU
Je suis responsable de gestion de crise dans
l’entreprise au sein de laquelle je travaille et les cartes de
vigilance de Météo France nous sont très utiles dans cette
attitude de vigilance. Mais n’utilise-t-on pas l’alerte orange,
au niveau de Météo France, selon un excès de précaution (quand
bien même celui-ci serait compréhensible au regard de l’expérience
passée) ?
Olivier MOCH
Nous avons veillé au contraire à ce que les
seuils d’alerte soient suffisamment élevés afin de limiter le
nombre d’alertes, car nous n’avons aucun intérêt à multiplier
celles-ci de façon exponentielle, a
fortiori si elles s’avéraient sans objet.
Nicolas CAMPHUIS, Plan Loire
Il existe un mode d’information du public que
nous n’utilisons pas du tout en France : les campagnes de
communication grand public utilisant par exemple l’affichage, la télévision
ou la diffusion de messages dans les boîtes aux lettres, afin
d’informer la population des mesures à prendre et des
comportements à adopter (du moins en zone inondable).
Michel MEYER
Cela relève en effet du bon sens. Nous
devenons d’ailleurs, en tant que média, le partenaire naturel de
nombre d’institutions telles que la Défense ou la Sécurité
civile.
Olivier MOCH
Il existe au moins un exemple de région française
où cela est fait de façon systématique : les départements
et territoires d’outre-mer, où une telle information est toujours
assurée via les médias grand public, avant les périodes cycloniques.
Richard PIERU, ASIVA
Lorsque les nappes sont hautes, l’on songe à
vider les zones de rétention naturelle. Or il semble que les élus
puissent imposer une intervention en urgence dans ce sens, mais au
prix de l’engagement de leur responsabilité personnelle. Cette
mesure pourrait-elle être efficace ?
Thierry POINTET
Je crains qu’il ne s’agisse que d’une
goutte d’eau dans l’océan. Des calculs devraient cependant être
effectués pour apporter une réponse plus précise sur ce point.
Serge MIQUEL, Conseil général de l’Hérault
Il se pose un problème dans le domaine du
recensement et de la collecte des données sur l’eau, car les départements
font souvent appel, pour ces recueils, aux systèmes de mesure de
l’Etat. Or si la bonne volonté des départements est réelle,
elle semble parfois beaucoup moins exister du côté de l’Etat, et
cela pénalise de façon importante l’action mise en œuvre
collectivement dans la prévention des risques.
Clôture
des travaux de la journée
Alain
GEST
Député
de la Somme
Président du Conseil général de la Somme
Monsieur le Ministre, nous avons aujourd’hui
pu balayer l’ensemble des problématiques que les pouvoirs locaux,
les associations, les pouvoirs publics et les sinistrés eux-mêmes
rencontrent sur la question des inondations, en de nombreuses régions
de France. Il existe de mon point de vue quatre éléments
particuliers qui ressortent de nos débats aujourd’hui :
·
l’attente de la mise en place d’un « guichet
unique » pour l’ensemble des services de l’Etat, qui a été
rappelée à plusieurs reprises, tant cette coordination s’avère
indispensable pendant la crise mais aussi en temps normal ;
·
la nécessité d’intégrer les problématiques du
bassin versant pour l’habitat et nombre d’autres aménagements,
dans une logique de cohésion territoriale, les SCOT pouvant apparaître
comme des outils importants de réussite de l’urbanisation à
venir ;
·
l’indemnisation des sinistrés, sous l’angle des
assurances et des aides à la reconstruction, rendue plus facile par
la loi du 30 juillet 2003 mais faisant apparaître le
besoin d’un interlocuteur unique ;
·
l’information, qui appelle un devoir particulier de
transparence de la part des pouvoirs publics en particulier, tant
l’enchevêtrement des services de l’Etat peut entretenir de
mauvais réflexes de manque de diffusion de l’information
disponible, augmentant ainsi l’incompréhension, voire créant la
suspicion parmi la population.
Gilles de
ROBIEN
Ministre de l’Equipement, des Transports, du Logement, du Tourisme
et de la Mer
Je n’ai pas la prétention ici de conclure ce
colloque. Je voudrais par contre rappeler qu’on ne peut tout prévoir,
car l’honnêteté vis-à-vis de la population et l’obligation de
modestie que nous avons vis-à-vis de la nature nous obligent à le
rappeler. Il ne faut pas cacher les limites de notre action, faute
de quoi l’on contribue à déresponsabiliser les citoyens. Les
rumeurs qui ont circulé dans la Somme ont constitué un exemple des
conséquences qui peuvent en découler.
Nous devons également insister sur la nécessité
de développement, dans la population, d’une conscience du risque,
que tous les systèmes d’alerte et tous les dispositifs de prévention
ne pourront remplacer, de la même manière que le sentiment
d’invulnérabilité sur la route est à lever pour obtenir une
efficacité dans le cadre d’une politique de sécurité routière.
Un troisième élément réside dans
l’accompagnement des personnes sinistrées, tant il est apparu,
dans le Gard ou dans la Somme, qu’au-delà de l’application des
procédures, nous devons toujours faire preuve d’humanité dans
l’appui aux personnes sinistrées.
S’agissant de l’action des pouvoirs
publics, je voudrais d’abord saluer le travail de Roselyne Bachelot-Narquin,
qui a rappelé tout à l’heure les grandes lignes de la loi
Risques promulguée le 30 juillet dernier. Dans le domaine du
logement et de l’urbanisme, tous les outils existent pour
interdire. Il nous faut aujourd’hui avoir la volonté de les
utiliser. L’action sera d’autant plus forte que cette volonté
existera de façon résolue. L’effort devra bien sûr porter sur
les zones particulièrement vulnérables.
Mais il faut également intégrer cette préoccupation
dans l’ensemble de nos modes de développement. J’ai été
surpris, par exemple, d’apprendre qu’il existait dans le Gard,
dans les centres des bourgs, près de 25 000 logements
vacants. Une part importante d’entre eux pourraient sans doute être
réhabilités. Cela illustre une voie parfois insuffisamment réfléchie
qu’emprunte le développement urbain, qui s’opère souvent par
multiplication et par étalement, sans que la situation réelle ne
le justifie nécessairement. Les espaces de développement existent
déjà au sein de notre bâti urbain. On peut « construire la
ville sur la ville », par la rénovation et par une analyse
fine.
Il s’agit aussi de réfléchir sur les formes
urbaines. On peut concevoir des constructions neuves donnant
pleinement satisfaction aux personnes appelées à les habiter, sans
forcément rejeter l’idée de densité. Il convient de privilégier
la qualité, mais de tels logements peuvent être collectifs ou
individuels. Ceci conduit bien sûr à rappeler le rôle déterminant
des collectivités locales. Certes, il revient à l’Etat de
proposer des outils et de rappeler, le cas échéant, les règles de
prudence. Mais c’est aux collectivités que revient le rôle de
l’action. Celle qui a été engagée dans la Somme par le Conseil
général me paraît, à cet égard, exemplaire.
Le minimum que l’on doit aux victimes
consiste à ne pas nous arrêter dans notre effort. Soyez convaincus
que celui-ci sera poursuivi.
Synthèse réalisée en temps réel par Ubiqus Reporting
01 44 14 15 00, www.ubiqus-reporting.com
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